« Le grand décrochage » explique pourquoi la majorité des problèmes du quotidien des Français – pouvoir d’achat, logement, transports, santé, services publics, retraite … – sont lié à l’essoufflement du moteur qui tirait la France vers le haut jusqu’aux années 80. La bonne nouvelle c’est que ce décrochage peut être inversé. La difficulté c’est que personne n’explique clairement et sincèrement ce qu’il y a derrière cet enjeu, ni quels sont les choix qui sont proposés aux Français. L’objet de ce livre est d’expliquer ces choix, et de fournir des outils qui permettent à chacun de voir l’impact de chacun de ces choix. Le livre est disponible ici en téléchargement et peut être commandé au format broché ou e-book ici.
1 – Pourquoi la productivité
Beaucoup de Français ont du mal à boucler leurs fins de mois, et leurs préoccupations sont focalisées vers ce qui fait ou fera leur quotidien : problèmes de pouvoir d’achat, confort et entretien de leur logement ou de leur voiture, problèmes de santé, sécurité, dégradation des services publics ou de l’accès aux soins de santé, ou encore le futur de leur retraite.
A l’inverse la productivité semble un concept obscur, dont les évolutions de quelques pourcents semblent éloignées des « vrais problèmes ». Pourtant, sur le long terme c’est elle qui détermine notre niveau de vie et notre pouvoir d’achat. Entre 1870 et 2020, la productivité par tête française a été multipliée par plus de dix, permettant une hausse équivalente du niveau de vie dans toutes ses dimensions : confort du logement, possession d’un véhicule, capacité à être soigné d’une maladie grave, congés payés, financement des retraites.
C’est également la productivité qui conditionne notre capacité collective à financer des services publics de qualité — éducation, santé, justice, défense — et à investir dans notre avenir.

Et c’est parce que cette productivité à commencer à s’essouffler que les Français voient de plus en plus s’éloigner la perspective d’un monde meilleur. En effet, si l’on analyse les problèmes des Français en 2025 (voir image ci-après) la plupart sont directement liés à la productivité.


Le financement de nos politiques publiques, la dégradation de nos services publics ou le déficit renvoient en partie à une productivité (au sens large, c’est-à-dire en incluant le taux d’emploi) insuffisante en France : nous manquons de moyens pour développer la qualité de ces services (accès aux médicamentes les plus innovants, optiques, soins dentaires) ou pour maintenir leur présence partout où ils sont attendus. La productivité du service public serait une des clefs pour en améliorer la qualité sont augmenter les impôts payés par chacun. Mais c’est aussi une question de productivité de l’ensemble de l’économie française : nous avons les dépenses publiques en pourcentage du PIB les plus élevées, alors que ces mêmes dépenses rapportées au nombre d’habitants sont dans la moyenne européenne. Autrement dit, nous ne dépensons pas trop mais nous générons moins de richesse (et donc nous avons moins de productivité par tête) que nos voisins. Comme le montrent les graphiques suivants, si notre productivité était au niveau maximum du potentiel français (voir le rapport pour en savoir plus sur ce niveau), nous aurions une dépense publique et des charges de retraite rapportées à l’ensemble l’économie française très inférieurs au niveau actuel, et des prélèvements inférieur à la moyenne de la zone Euro !


Enfin, si l’on considère l’état de notre société et des tensions qui la parcourent, une partie de nos tensions sont des conflits de répartition, qui reviennent partout et toujours quand la productivité est à la peine. D’autres problèmes, par exemple celui des retraites, nécessitent des réformes de structure complémentaires mais celles-ci auraient lieu dans un climat beaucoup plus serein avec une productivité plus haute. On a tendance à considérer la productivité comme une donnée fixe (ce qui, nous le verrons, n’est pas le cas) et à réduire cet enjeu au ratio entre le nombre d’actifs et de retraités. En réalité, il s’agit d’un problème de différence entre la production des actifs (c’est-à-dire leur nombre multiplié par leur productivité) et la masse des retraites (le nombre de retraités multiplié par leur pension, indexée sur les prix).
2 – Comment l’augmenter : ces choix à comprendre pour qu’on ne vous les impose pas !
La bonne nouvelle c’est que la France dispose dans ce domaine d’un potentiel de rattrapage significatif en termes de productivité. Mais réaliser ce rattrapage nous met devant des choix rarement présentés clairement aux Français. Ces choix touchent au volume horaire de travail, aux moyens consacrés à la recherche ou au niveau de concurrence et à l’unification du marché européen.
L’objet de ce rapport n’est pas d’imposer ces choix, mais de les présenter afin de contribuer à la transparence du débat et à la cohérence de nos choix : on ne peut pas se plaindre d’un retard de pouvoir d’achat et refuser les actions qui nous permettent d’aligner le nôtre avec celui des pays comparables, on ne peut pas vouloir conquérir des marchés à l’international et imposer des standards qui confinent nos entreprises à des niches, on ne peut pas sacrifier la recherche fondamentale et vouloir égaler les performances de la Chine et des États-Unis dans les « DeepTech ».
Pour redresser la courbe de la productivité, nous avons analysé les principaux leviers qui le permettent. Ces leviers sont répartis en quatre groupes : le bonne utilisation de la main d’œuvre, l’investissement (qui permet d’augmenter la productivité du travail en outillant les actifs), l’innovation (la « productivité totale », qui démultiplie l’efficacité du travail et du capital) et le rôle des géants de la technologie (qui a un impact important aux Etats-Unis ou en Chine).

Si nous savions tirer le maximum des différents leviers présentés, nous pourrions à l’horizon d’une génération augmenter notre productivité d’environ 30 % de plus que la tendance – soit plus d’un point de croissance supplémentaire chaque année. Qu’on ne se trompe pas sur la nature de cette estimation : c’est un ordre de grandeur qui doit être considéré comme tel – ce 30% peut être de 25% ou de 32%. Ce qui est important de noter c’est que ce gain est significatif par rapport aux problèmes (déficits, financement des services publics, …) qui nous animent actuellement.
Le simulateur fourni dans le rapport est disponible ici ( https://simu.longterme.org ) permet à chacun de jouer avec les principaux paramètre pour comprendre ce que la France, et donc lui, pourrait gagner en les faisant bouger dans un sens ou dans l’autre. Le simulateur indique également comment évolueraient le poids du financement des retraites ou celui des dépenses publiques si notre productivité était différente.