La guerre économique : par les coûts ou par l’innovation ?

La concurrence se joue sur les coûts (produire la même choses, moins cher) et sur la différenciation (produire une chose différente des autres, désirée par les clients). Des pays qui partagent la même monnaie ne peuvent pas être mauvais sur ces deux aspects à la fois : si c’était le cas, le taux de change s’ajusterait jusqu’à ce que ses produits soient « en moyenne », ni meilleurs ni plus mauvais. La crainte qu’à force de perte sa compétitivité l’Europe ne puisse plus rien exporter est une chimère : dans ce cas, le cours de l’euro baisserait jusqu’à ce que la balance commerciale s’équilibre. Nos produits seraient à nouveau compétitifs, mais les européens payeraient plus cher les produits importés. On notera d’ailleurs que c’est plutôt l’inverse qui se réalise actuellement puisque depuis sa création l’euro a progressé face au dollar.

Reste qu’au sein de la zone euro la France pourrait s’affaiblir si elle devenait la plus chère. Est-ce le cas ? Non, répond une étude récente de KPMG : la France est un site d’implantation plus compétitif que la moyenne des pays développés, et caractérisé par des coûts du travail relativement bas. Ce constat est vrai au niveau européen, il l’est également par rapport aux Etats-Unis. Et l’étude n’est pas une étude réalisée par un théoricien dans un laboratoire : il s’agit d’une étude du même type que celle qu’aurait fait KPMG si un grand groupe lui avait demandé d’étudier le meilleur site pour une implantation.

Globalement, la France se situe en 3e position, juste derrière le Canada et Singapour. Il serait difficile pour la France d’atteindre le niveau de Singapour (qui doit sa place à des niveaux de salaires très faibles, sans doute liés à la possibilité des entreprises de faire appel à de la main d’œuvre malaisienne ou indonésienne). Par rapport au Canada, nous disposons d’un léger handicap en terme de coûts salariaux (370 euros d’écart, soit un surcoût de 6 %), compensé aux deux tiers par une charge fiscale et des coûts de transports ou d’énergie inférieurs (250 euros).

Le « modèle français » a des inconvénients dont certains ne sont pas pris en compte dans l’étude KPMG (la difficulté d’une entreprise à discuter avec un nombre invraisemblable de décideurs nationaux et locaux, le poids – réel ou supposé – de la réglementation, ou la formation des salariés). Néanmoins ce modèle représente un équilibre globalement satisfaisant : au moment d’implanter une usine nouvelle, ses surcoûts en matière de charges sont compensés par des salaires plus faibles (car les salariés n’ont pas à se payer eux-mêmes une protection santé ou vieillesse) et par des choix de grandes infrastructures (transports, télécoms, énergie) qui bénéficient aux entreprises !

Faut-il pour autant considérer que ce sujet est clôt pour la présidentielle 2007 ? Non bien sur : comme je le rappelais en introduction, l’innovation et la créativité sont des éléments importants, sur lesquels la position française est sans doute moins favorable. C’est sans doute pourquoi l’Allemagne, pourtant « plus chère », réalise de meilleures performances à l’export. Par ailleurs, l’essentiel des nouvelles activités créées ne sont pas créées par des grands groupes qui font le choix du site le moins coûteux. Il s’agit surtout de créations locales, de personnes qui développent leur activité là où ils se trouvent. Voilà pourquoi le véritable combat pour la compétitivité doit être celui de « l’intelligence collective » : comment innover davantage, comme monter en gamme.

Du point de vue économique comme du point de vue social, nous devons donc sortir du débat sur la compétitivité « par le haut » en lorgnant sur le modèle danois, allemand ou japonais (une spécialisation et une innovation qui permet de financer le modèle social) plutôt que sur le modèle singapourien, qui utilise l’immigration pour offrir des coûts du travail très faibles tout en préservant le revenu des nationaux.

À propos

Dédié à l'analyse des questions économiques, sociales et environnementales de long terme, L'Observatoire du Long Terme se fixe pour objectif de donner davantage de visibilité à ces enjeux dans le débat public. Dans ce contexte, il donne la parole à des contributeurs variés, avec pour seul critère le caractère étayé des arguments présentés.

L'Observatoire est indépendant, ne reçoit aucune aide financière et repose sur le volontariat de ses contributeurs, de son bureau, présidé par Vincent Champain et Bruno Fuchs.

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